TOUJOURS MOINS !

Après 3 semaines de cure dans mon Gers natal, j’avais à peine posé mes valises que mon artiste de voisin se pointe pour me faire voir ses photos.
«
Daniel, c’est génial le numérique, regarde ça ! »
Le peintre n’était pas manchot et en effet il avait fait de beaux paysages, des champignons et des jambes de nanas. Un peu obsédé le Fragonard.
«
Tu penses que je pourrais les vendre sur le net ? j’ai reçu une PUB, Je vais les vendre sur Fotolia »
La manière dont il reposa le verre de Pacherenc témoigna de ma tronche.
- «
Tu as peur de la concurrence ? »
- «
??????, Je vais t’expliquer depuis le début ».

Le photographe amateur n’est pas le concurrent du photographe professionnel.
Nous avons beaucoup de chance en France d’avoir le Code de la Propriété Intellectuelle (CPI) qui permet à un curé, un flic, un paysan ou un instit de faire des photos et d’en faire commerce en toute légalité. Cela est un vrai moteur à la créativité photographique.
On choisit d’être photographe et d’en vivre (d’essayer d‘en vivre).
On choisit parce que l’on aime le beau, parce que l’on a un goût certain pour l’esthétisme. Parce que l’on est attiré par la magie de figer le temps.
Parce que l’on se considère comme artiste, un créateur, etc …..
Si en plus d’avoir un vrai talent photographique on a les capacités de « se gérer », on est photographe auteur et on propose ses photos à qui les veut.
Je ne parlerai pas ici des différents statuts juridiques et fiscaux.

Au départ, un jeune (ou moins jeune) photographe fera toujours concurrence à un ou deux autres photographes. S’il est meilleur, il piquera des parts de marché, s’il est moins bon, il changera de métier. Il n’y a rien là de scandaleux. Si un photographe de sport perd son ou ses clients, c’est parce qu’il est moins bon qu’il n’a été au moment où il a piqué le ou les clients de son aîné quelques années plus tôt. Le client choisira toujours les meilleures photos, même s’il est tenté, un moment, de prendre les moins chères. Je connais un jeune photographe Polonais qui vient de débarquer sur les circuits de vitesse moto et qui va faire un malheur parce qu’il est génial et qu’il bosse beaucoup (ceux qui lisent l’Equipe le connaissent). Et croyez-moi, il ne brade pas ses photos tout simplement parce qu’il veut en vivre.
Si le Photographe s’endort sur ses lauriers, il se fera piquer son boulot et ça c’est la règle. Mais il a choisi cette règle. Il existe une autre règle, celle de monnayer son talent à un patron et d’être photographe salarié, mais adieu la liberté, la liberté du sujet, de point de vue, pas question de rester au lit, etc … Les deux choix sont respectables, mais il faut les assumer.
Donc si un jeune brade les prix pour se frayer un chemin et piquer le boulot à un pro, il comprendra très vite qu’en vendant à 20 Euros il ne pourra pas manger et ne fera pas concurrence longtemps. C’est vrai que le pro va hurler et va le menacer mais au bout du compte c’est le meilleur en photo et en gestion qui gagnera. Je ne vois donc pas où est le problème.
Il faut être conscient que ce milieu est difficile et sans pitié mais personne n’oblige personne à y aller ou y rester, c’est un choix perso.
Bien entendu, il y a celui qui veut se faire plaisir à faire des photos et qui est tenté de les vendre en douce à petit prix pour se payer un télé. Et bien il a raison d’essayer et je lui souhaite même de réussir. Je lui demande juste de respecter la loi, donc de faire une note de cession de droit d’auteur et de se mettre d’équerre avec l’AGESSA et les impôts. S’il franchit cette étape, il est photographe auteur et vogue la galère. Cela voudra dire qu’il a du talent et qu’il pourra peut-être vivre de sa passion. Le rêve de tout le monde.
Personne ne devra lui reprocher quoi que ce soit s’il respecte la loi.
Au fond, s’il vend à 20 Euros, c’est que ça ne vaut pas plus, non ?
Et s’il en fait cadeau à sa voisine pour obtenir ses faveurs, c’est de la copie privée et c’est gratos, c’est la loi.
Donc, en ce qui me concerne, je considère que le photographe amateur qui commercialise lui-même ses photos n’est pas le concurrent du photographe pro qu’il soit auteur ou salarié.



De l’autre côté du miroir ...

Entre le moment où j’ai commencé ma prose, début Septembre, date à laquelle j’ai remonté les bretelles à mon voisin Pintero, et aujourd’hui 25 Octobre, il y a eu le salon de la photo et la Coupe du Monde de Rugby.

Je m’explique :
Faire des photos géniales ne sert à rien si elles restent dans un tiroir. Elles ne seront pas achetées car elles ne sont pas connues.
Jusqu'à « aujourd’hui » l’agence photographique jouait le rôle de diffuseur des photographes indépendants et salariés (certains se débouillaient seuls). L’Agence prenait sa part à savoir 30%, 40%, 50, % , 60% 70 %. Le pourcentage de l’agence augmentant au fur et à mesure qu’Internet prenait la place des tables lumineuses.

La technologie numérique et Internet ont révolutionné l’offre des photos.
Le client avec son ordinateur peut instantanément et gratuitement voir toutes les photos du monde, à la condition que l’icono s’en donne la peine, ce qui devient de plus en plus rare.
En même temps n’importe quel quidam muni d’un Appareil Photo Numérique et d’un ordinateur peut faire voir à toute la planète les 20 photos faites 2 heures plus tôt.

Reste plus qu’à organiser la vitrine, donc rassembler les photos, recadrer et légender afin de proposer un « produit fini » aux clients.


Petit retour en arrière :
- Les Agences « traditionnelles» ont offert une vitrine aux photographes indépendants moyennant 60 ou 50%.
- Certains photographes ont fait leur vitrine perso en vendant en direct.
- D’autres ont utilisé des structures tierces tout en vendant en direct.
- AFP, AP, Reuters on fait la même chose en commençant à baisser les prix.
- Getty et Corbis ont fait encore moins cher pour rentrer sur le marché.

Ils ont pu (G&C), se permettre de perdre de l’argent pendant quelques années car Bill Gates (Informatique) et JP Getty (Pétrole) sont les hommes les plus riches de la planète. Ils ne savent quoi faire de leur fric. Ils ont fini, pour éviter une débâcle économique, par se macquer avec Reuters et AFP et donc se partager la planète et se mettre d’accord sur les prix (chut, là, je suis un menteur)
Pour conquérir les Mags l’édition et la pub, Getty et Corbis ont acheté de belles agences qui faisaient de belles photos.
Bien entendu, ils ont viré tous les photographes et fait disparaître ces agences. Ils sont allés chercher la matière première (les photos) chez les indépendants, bien entendu au moins cher possible.
Getty laisse 30% des ventes au photographe et demande à ce même photographe 50 $ par photo mise dans la vitrine. Faut avoir le moral pour résister à de telles conditions.

Les dernières Agences « traditionnelles » résistent, les Français font front en restructurant de belles agences comme Gamma, Rapho etc … Hachette s’y colle, échoue, passe le relais à Green Recovery qui veut jouer la carte de la qualité contre la vulgarité. Pour être compétitif il faut être moins cher que le moins cher et donc réduire les coûts, tous les coûts y compris la part du photographe.
Donc depuis 10 ans, tout a augmenté : le pain, les loyers, l’essence, l’électricité, tout sauf les droits d’auteurs qui jusqu’à la coupe du monde de Rugby avaient été divisés par 3 (entre 2 et 3)


Il faut casser ceux qui résistent :
Vient s’ajouter à ces 5 vitrines une sixième : les sites Internet gratos alimentés par les amateurs.

Il y a donc le net et le numérique. Tout cela c’est du capital technique. Les Enarques, les Patrons et les Marxistes savent que sans le capital humain il ne peut y avoir de profits. Oui oui, seul le travail humain crée plus de valeur que sa propre valeur.
Ces 2 superstructures, Getty et Corbis, qui ne sont que des vendeurs d’images ont décidé de récupérer les millions (milliards) de photos faites par les amateurs. Ces amateurs sont des millions à avoir du matos permettant de faire des photos et de les envoyer avec leurs ordinateurs.
Il suffit de mettre tout ça en ligne et de vendre à un prix dérisoire pour faire rentrer des sous mais surtout prendre encore des clients aux photographes professionnels. Oui je sais, « c’est de la merde », mais de la merde à 1 Euro trouvera toujours acheteur. C’est bien Getty qui a acheté Scoopt, non ?

« Monsieur tout le Monde » va travailler gratos pour les plus riches de la planète. C’est pas génial ça ?

Quoi qu’on dise, faire une photo a un coût, même pour Monsieur tout le monde. Il y a aussi les frais d’exploitation de l’entreprise.
Comment expliquer que cette photo est « vendue » gratos ou a 1 Euro alors que la loi Française interdit la vente à perte ?
Tous ces sites sont basés à l’étranger, la plupart aux USA.
Oui mais, le camarade ATTALI ne vient-il pas de proposer à SARKO de légaliser la vente à perte ?
Lors du dernier salon de la photo à Paris, la création d’une structure française (Pixburger) a été annoncée et fait l’objet aujourd’hui de vifs débats sur le net.
Gêné par le CPI le propriétaire est contraint (pour l’instant) de verser à l’AGESSA, mais pour combien de temps ?
Il veut commercialiser des photos de qualité en libre de droit de 1 à 99 Euros.
Il veut faire appel aux amateurs talentueux (ils sont nombreux) et leur proposer 40% du montant de la vente.
Là encore c’est enlever des clients aux photographes professionnels. C’est même le créneau qui permet aux photographes de vivre afin de pouvoir faire en plus œuvre de création personnelle faisant la différence. C’est l’alimentaire indispensable à tout créateur.
Ce truc-là va marcher, c’est évident et en plus ça va faire vendre du matos à un plus grand nombre. Il ne faudra pas s’étonner si les fabricants marchent dans la combine.
Donc tout cela pour conclure que les amateurs ne tuent pas les pros. Ce sont les financiers, aidés par leurs petits copains politiques qui captent les talents, le travail, pour « faire des sous ».
N’oublions pas qu’avant de devenir professionnel, le photographe était un amateur.

On n’est jamais trahi que par les siens :

Photo: Gérard Vandystadt - REGARDS DU SPORT.


Allez faire un petit tour sur le site

http://www.photoboutique.biz

Un site bien de chez nous qui a mis en ligne au jour le jour des photos qui tiennent la route des matchs de la Coupe du Monde de Rugby.
Ces photos sont vendues libres de droits de 1 à 20 Euros.
C’est pas beau ça ?
Ce sont plusieurs des « nôtres » qui ont fait le coup. Ils ont été parfaitement accrédités et avaient des places de premier choix sur les stades.
Bien entendu vous constaterez que les auteurs des photos sont anonymes et que le taulier demande aux clients de créditer les photos par un généreux « photoboutique.biz », ce qui est parfaitement illégal. Mais qui respecte la loi aujourd’hui ?
Ce ne sont pas les photographes qui ont fait le coup qui vont traîner le patron de « l’Agence » devant les tribunaux.
Voilà, “on peut plier les gaules”.
20 Euros la photo, ça veut dire que le photographe touchera 7 Euros par photo. Il devra vendre 300 photos par mois (10/jours) pour gagner 2100 Euros. Je n’en connais pas un seul capable de faire cela.
Reste à devenir salarié d’un journal ou d’une Agence.
Quel patron d’Agence ou de Journal va garder des photographes salariés qui vont lui coûter la peau des fesses en comparaison des 20 Euros qu’il déboursera bien volontiers pour faire une couve ou une double.
La ZOOM de l’Equipe à 20 Euros.
Elle est pas belle la vie ?
Je vais faire hardeur.
Comment ça, je suis trop vieux, mais j’ai la langue bien pendue, non ?

Il est bientôt minuit, un vol de grues signale son passage. Dans quelques heures je me lève pour « monter les appeaux ». Les palombes seront-elles au rendez-vous ? Dans tous les cas il y aura du Rioja dans la sauce et dans les verres.
Je vous jure que j’aurai une pensée pour tous ces psychopathes qui ne savent vivre qu’en détruisant.
A bientôt, peut être …
Daniel

J’oubliais la dernière, histoire de vous remonter le moral.
Après être devenu, le principal sponsor de l’AIPS (presse sportive mondiale), GETTY vient de décider d’être le « principal sponsor de VISA POUR L’IMAGE ».
C’est aussi de là que venait la résistance, donc …..