L’époque des bilans :
Nous sommes en pleine période où les entreprises font leur bilan.
On passe, ou on ne passe pas. On continue ou on dépose. On tente le redressement ou on met la clé sous la porte.
Je n’ai vraiment pas envie de savoir qui va déposer, même si j’ai des infos qui me font mal au ventre car il s’agit de bons photographes qui ont tenté de s’en sortir en créant des structures fonctionnant vraiment à l’économie et qui malgré cela sont en déficit aujourd’hui. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de vendre plus cher mais tout simplement de vendre.
Annoncer de mauvaises nouvelles qui touchent des amis me désole. Donc je ne le ferai pas.

Par contre je vous annonce (si vous ne le saviez déjà) que

Getty est à vendre au plus offrant et Corbis est mal en point.

Le New York Times du 21 Janvier annonce que Getty Images est en grande difficulté :
L’action a perdu 47 % et les bénefs on dégringolés de 31%. Les effectifs ont été diminués de 5%.
La mise à prix tourne autour de 1,5 milliards de dollars. Pour information, la boulette de la Société Générale est de 7,5 milliards de dollars. Elle aurait pu se payer 5 fois Getty.
Le problème c’est que 3 semaines après la mise en vente, personne n’est à ce jour candidat pour acheter Getty car les financiers avisés on vite compris que le marché de la photo était plombé.
D’habitude, l’acheteur se fait connaître auprès du vendeur qui met en vente pour sauver les apparences. Là, c’est le crash.
Le même NYT indique que Corbis n’est pas au mieux de sa forme. Corbis a décidé de fermer son Agence de Bruxelles.
Ce n’est pas le crack boursier de 1929 mais le crack de la photo.
La baisse continuelle des prix a provoqué le crack. C’était inéluctable à terme, mais j’avoue ma grande surprise que cela se produise aussi tôt.
Ces cons ont scié la branche.
Le drame, c’est qu’ils ont entraîné tout le monde.
Les photographes et les agences ont joué perso et se retrouvent au tapis. Tout le monde a fait moins cher que le moins cher pour survivre.
Les infos sur les dernières agences françaises ne sont pas brillantes.
Je sais vous allez me dire. « Avec ta grande gueule, tu proposes quoi ? »

A une maladie de cheval, il faut un remède de cheval.
A une maladie américaine il faut un remède américain.
Il faut donc le faire à l’américaine. Vous voyez, je ne prêche pas la nationalisation des canards boiteux.
Après le crack de 1929, le Président Roosevelt a décidé de fixer autoritairement des prix plancher pour toutes les marchandises et s’est donné les moyens « policiers »pour qu’ils soient respectés. En fait il a interdit la vente bon marché. Le pays du capitalisme roi et de la libre concurrence s’est comporté à l’époque comme un vulgaire gouvernement stalinien. C’est l’état central qui a tout pris en main pour sauver les banques et les entreprises privées, incapables qu’elles étaient de ne pas s’autodétruire.
En effet à cette époque, “tout ne valait rien”.
Les prix des produits manufacturés étaient tellement bas (déflation) que toutes les entreprises étaient en faillite.
Une fois que la machine s’est remise à tourner rond, l’argent est rentré dans les caisses, les prix se sont envolés et les planchers d’état ont été supprimés, remplacés par des règles de non concurrence. Ben oui quoi, l’économie de marché a des limites fixées par des accords secrets. S’ils ne sont pas secret s’est de l’économie planifiée et ça c’est un blasphème.

Interdire la photo gratuite :
Pour sauver la photo de presse comme la photo d’auteur, il faut appliquer le même principe à savoir établir des barèmes (ceux de l’UPC sont une bonne base de discussion) et les faire respecter que le photographe soit identifié ou pas.
Le principe serait donc le suivant. Toute photo publiée doit être payée à son prix.
Il est donc indispensable que le propriétaire de la photo soit identifié. Pour cela le nom du photographe doit impérativement figurer sous la photo. S’il n’est pas identifié la photo doit être quand même payée selon le tarif et l’argent versé dans une caisse prévue à cet effet. Je n’invente rien, Nos amis de Photographie.com ont organisé un débat sur ce sujet en présence de la SAIF en Mars dernier. Débat qui consistait à rechercher DR et qui a inévitablement dérivé au problème de fond à savoir le montant du droit d’auteur. Les faux DR représentent aujourd’hui un fort pourcentage. Dans certaines revues ils représentent 80 % des photos publiées. Les vrais DR sont très rares. Il s’agit en fait de photos gratos ou presque, libres de droit, du genre Fotolia, ou des photos bradées par certains « pro » qui ont honte d’apparaître.
Il y a, comme vient de me le signaler notre amie Martine, des photos volées. « La Provence » a décidé que c’était moins cher de voler, donc on vole, et bien entendu, on signe DR.
Il faut que les patrons de presse, des mags, de l’édition comprennent que c’est la photo gratuite qui les a conduit au journal gratuit qui conduira à la faillite gratuite.
En effet, financer seulement par la PUB est très dangereux. Souvenons nous du crack publicitaire provoqué par la guerre du golfe qui a conduit à la fermeture d’une ribambelle de boîtes de production et d’Agences de PUB.
Ou les photographes sont correctement payés ou il n’y aura plus de photos correctes et donc plus de médias corrects et au bout du compte tout le monde perdra.

Qui va « passer la première ? »
Aujourd’hui nous sommes en pleine débâcle du marché de la photo. Dans la vie tout se paye, le matériau, le travail, le produit fini, le service. Pourquoi la photo serait-elle gratuite ?
C’est une perversion économique. C’est le capitalisme détourné de son objectif (là je me marre doucement). Vouloir gagner de l’argent sans rien payer conduit tout droit au pire.
C’est à dire faire travailler hommes, femmes et enfants sans les payer, sans les nourrir et une fois usés on les brûle. Je sais, j’exagère. J’exagère volontairement, consciemment.
Je pousse toujours le raisonnement jusqu’au bout. Cela me permet de voir plus facilement si la direction que je prend est bonne ou mauvaise.

Qui devrait prendre l’initiative de mettre autour de la table, patrons de presse et syndicats de photographes ?
Je vous laisse la réponse, mais il y a intérêt à agir vite. Le moment est venu. Le moment est venu ou tes syndicats et autres associations photographiques fassent comme les patrons de presse ou de l’édition :

Un seul syndicat des photographes, pour défendre l’existence des photographes et donc de la photographie.

Une petite dernière :
L’ordonnance sur la presse de 1945 (voir pièce jointe) interdit la diffusion d’infos et de photos gratuites. Ils avaient du pif, les vieux ….