Photo: Daniel Castets - REGARDS DU SPORT - Sucer de la glace !

Photos et images
« Merci Daniel pour ton explication « photographie ou image ». Tu es notre Mélenchon face à tous ceux qui font volontairement la confusion pour noyer le poisson».
« Tu as raison, quand j’allais au catéchisme, je n’avais jamais droit aux images distribuées par Monsieur le curé, j’étais turbulent. Et de toute façon, c’étaient toutes les mêmes, les images de Jésus ».
« A la maternelle, la maîtresse distribuait des images aux bons élèves. Normal, des images, on ne savait pas encore lire ».

En fait les mails que vous m’avez envoyés sont tous consacrés à ce sujet qui, dites vous (en résumé), met en avant la différence entre le témoignage artistique ou créatif du photographe et le packshot commercial du presse bouton qui meuble les microstocks.
La photographie, fruit d’une réflexion, d’une formation, d’une éducation qui la rend unique et précieuse et les milliards d’images, fruits du taylorisme numérique et du commerce.
Deux mondes antagonistes. Et on voudrait nous faire avaler les images. NON, c’est NON !
- Gilles Jacob était sur France Inter le 6 Avril dernier à l’occasion de la sortie de son livre photographique. Il expliquait qu’il faisait une grande différence entre une image et une photo.
Je buvais du petit lait, avec mon café.
Gilles Jacob, n’est pas photographe. C’est un esthète, un esthète qui a les pieds sur terre, car c’est lui qui organise le festival de Cannes. Pourtant il sait. Il sait ce que ne savent plus nos rédacteurs en chef qui ne font pas cette différence. En fait, ils ne veulent plus savoir car ils ne font plus de l’info, de la belle info, ils font du business.
- Le Monde de ce matin fait un appel au peuple: « 
Si vous êtes en Pologne envoyez nous vos témoignages » Sous-entendu, textes et photos.
Le Monde qui cumule 50 millions de déficit va droit au dépôt de bilan cet été. Et oui, Le Monde n’est plus ce qu’il était et cela se paye un jour.
- Les 29 et 30 Mars derniers, l’école Louis Lumière organisait au Sénat un colloque intitulé:
« Nouvelles perspectives pour les photographes professionnels ».
Cela fait 3 semaines que ce colloque a eu lieu et rien n’a filtré.
Rien sur le net, rien dans la presse écrite quotidienne ou magazine.
Pourtant l’annonce de ce colloque fut tonitruante. Sonnez hautbois, raisonnez musettes.
Pourtant « il y avait ce qu’il faut » en journalistes,patrons de presse, éditeurs, agences photos, professeurs, chercheurs, prestataires, fabricants de matos et ... photographes.
Mon ami Gérard a participé aux deux jours de débats.
« Le constat est accablant, terrible. Ils savent tout, mais ils ne bougeront pas pour autant, Il faut rompre le silence et pousser les feux ».
Pourtant, photographes et agences ont des intérêts communs à défendre.
Il ne faut pas compter sur les diffuseurs pour dire que cela va très mal car les diffuseurs gagnent de l’argent sur le dos des photographes.
Ce colloque était sponsorisé par l’AFP. C’est à mourir de rire. Vous savez cette agence de renommée mondiale qui est « sponsorisée » à 40 % par nos impots et qui a fourni à ce jour (10 Avril) 3.911.616 photos à notre ennemi mortel, Getty. Lequel Getty est le principal sponsor de Visa pour l’image, plus grand rassemblement (pas pour longtemps, il y a de moins en moins d’agences) de reporters-photographes de la planète. On ne peut à la fois prendre l’argent du principal prédateur des photographes indépendants et prétendre défendre leurs intérêts.
Dans les mots peut-être, mais les mots ne soignent pas les maux. Ce sont les actes qui comptent.
SIPA est à vendre. Le pharmacien Fabre, propriétaire de l’agence en a ras le bol de perdre des sous. Le problème, c’est que personne ne veut acheter.
SUNSET est en redressement judiciaire.
Il ne se passe pas un mois sans qu’une agence ne se casse la gueule.

Pom pom pom. Poouuummm !
Avant de conclure sur ce sujet, je voudrais évoquer la conversation que j’ai eue avec un ami photographe (évidemment) qui s’est essayé à faire un petit film de 3 mn sur un sujet d’actualité. En fait il cherche comme beaucoup à trouver une solution à son problème économique. Il faut bien manger, un peu.
On appelle ça des POM (petites oeuvres multimédia). Je vous en ai déjà parlé, mais ça n’est pas suffisant car en numérique, tout bouge très vite.
Il a fait une belle petite réalisation mon copain Michel. Il a proposé son petit film à deux sites internet qui font de l’info et diffusent des petits films vidéo. Ils ont trouvé sa POM intéressante et d’excellente qualité narative mais aussi technique (Canon 5D II). Il faut dire qu’il y a passé des jours et aussi des nuits et comme il est perfectionniste, comme on dit, il en a ch... Pas tout seul, car le son, il ne connaissait pas et le montage pas davantage. Il s’est donc fait aider par deux amis.
Un rédacteur en chef lui a dit qu’il n’était pas intéressé. L’autre lui a proposé de faire des reportages pour son site.
Il s’est dit « super, ma reconversion de photographe fauché est en bonne voie ». Oui mais voilà, il y a un hic, et un hic de taille, le prix. 50 Euros la POM.
- « Il y a deux jours de prise de vue et autant de post production, sans compter le matos », a t’il argumenté.
- « C’est 10 fois mieux qu’une photo et YouTube en sort des milliers chaque jour qui sont gratos et en plus je n’ai pas d’argent pour payer plus »,
lui rétorqua le rdc.
A bien réfléchir la soi-disant reconversion des photographes en «
 photographe-vidéaste-preneur de son-réalisateur-monteur-informaticien-commercial » est plutôt mal barrée.
Le rédacteur en chef lui a dit, sans rire:
« il faut produire et livrer dans la journée sinon, ça n’a plus de valeur. Sur le net il me faut de l’instantané. Il faut vous mettre à deux ou trois pour faire le boulot ».
Là mon pote Michel a failli défaillir et lui mettre sa main sur la gueule. 50 divisé par 3 ça fait 16 Euros chacun. Trois crève la faim au lieu d’un.
L’arnaque est de taille, mais comme l’a dit je ne sais plus qui: « 
plus c’est gros et plus ça passe ».
« Daniel, comme tu l’as dit, l’avenir, c’est le net. l’iPad et l’iPhone et pour ça nul besoin de 1DS Mark IV et de D3S. Ou je me contente de sucer de la glace ou je change de métier ».
Lorsque j’ai dit que l’avenir c’était le net, je n’ai jamais dit que le net était l’avenir des photographes. Au contraire, le net, c’est la tombe des photographes, du moins aujourd’hui ou tout est gratuit.

Afin d’aller au fond des choses, j’ai fait quelques recherches sur le net du côté de gens qui sont sensés avoir les éléments nécessaires à la réflexion sur le sujet.
J’ai trouvé l’analyse de Jacques Hémon, Journaliste et Directeur de l’Observatoire des Professions de l’Image, qui dit en résumé:
Le papier, c’est fini, l’avenir c’est le net.
Jacques Hemon indique que la photographie n’est pas valorisée sur le net (c’est vrai), à l’inverse de la vidéo (POM) qui correspond à un besoin culturel et aussi économique.
Jacques Hémon propose donc que les photographes se reconvertissent dans les POM qui sont un mix de photos-vidé-son.
Comme c’est drôle, c’est exactement ce que proposent Nikon et Canon qui ont du matos à vendre qui justement permet tout cela.
Jacques Hémon argumente son raisonnement en partant du constat que Youtube a diffusé en Septembre 2009, 5 milliards de petites vidéos sur le net, ce qui prouve que là est le besoin et que donc les photographes doivent s’y mettre aussi et donc se reconvertir.
Jacques Hémon oublie de dire que ces 5 milliards de POM sont gratos et que par conséquence les photographes vont être confrontés avec la vidéo au même problème que pour la photo, la vidéo gratos ou à 1 Euro.
Rue 89, le site d’info le plus connu, fait ce matin (17 Avril), un appel au peuple à propos du volcan et de ses poussières:
« Envoyez-nous aussi vos informations, vos témoignages sur vos aventures du week-end, par écrit, en images ou en vidéo ». En résumé bossez gratos pour Rue 89, vous allez épater votre copine. Pas compliqué de comprendre que les POM ... ça lui en touche une sans faire bouger l’autre.
Tous, proposent donc aux photographes de sortir de leur bourbier pour plonger dans un autre bourbier. Sans oublier que pour passer d’un bourbier à l’autre il faut passer par la case obligatoire de la formation et acheter le matos qui va bien. Nikon a bien compris le truc, et est en train de faire la promo de sa Nikon-School. Il y a donc des sous à prendre au passage, sauf que, ils sont fauchés, les photographes. C’est malin de leur proposer une voie sans issue qui les désespère davantage.
Dans ce sujet réalisé par Photographie.com, regardez bien les quatre vidéos.
L’animateur pose les bonnes questions.
Il en manque quand même une:
Combien ça coûte de faire une POM ?
Combien tu la vends ta POM ? et à qui ?
Peut on vivre en vendant des POM ?
Vous trouverez tout ça ici
Vous allez dire qu’une fois de plus je fais du mauvais esprit et que je n’annonce que des mauvaises nouvelles. Mais y en a t’il des bonnes ?



OUI, François LOCHON est aux manettes.
Il n’est pas milliardaire comme Lagardère, mais il y a mis tout ce qu’il a. Le juge lui a confié l’affaire pour plusieurs raisons.
C’est un Photographe qui a pris du recul. C’est un passionné, il est courageux. Et enfin il connaît le milieux. Ca change.
Il a la confiance des photographes.
Silence radio depuis le 6 avril dernier, sur la décision du tribunal de commerce de Paris, d’attribuer à François Lochon, la charge d’assurer l’avenir des agences autrefois dirigées par Eyedea. La charge aussi de commercialiser les 30 millions de photos accumulées en presque un siècle de travail effectué par les photographes de Rapho, Gamma, Keystone, Stills, Hoa-Qui, Jacanna, Explorer, Top, etc ...
L’annonce du redressement et de la possible liquidation de ces agences avait provoqué une certaine effervescence dans la presse française. Les sites Internet, les blogs s’étaient répandus en grosses larmes. Larmes de crocodiles ?
Curieusement le sauvetage de ces agences ne fait l’objet d’aucune annonce.
Hormis l’Humanité Dimanche qui a fait une double page couleur, rien à la Tv, à la Radio, quotidiens etc ...
Bizarre non?
Pourquoi ?
Une telle victoire de la photographie, de la culture, même si 40 salariés se retrouvent au chômage, serait elle contraire à leurs intérêts ?
Pourquoi la presse ne dit-elle rien ?
C’est vrai, le sauvetage d’un tel fonds de photographies (pas d’images) va faire concurrence aux microstocks et donc à la photo gratuite, ou presque.
C’est vrai, qu’on compte sur les doigts d’une main (peut être deux) les sites internet qui signent et payent les photos.
C’est vrai, que l’internet sera l’avenir de l’info au détriment du papier, il n’est qu’à voir comment tous se ruent sur l’iPad d’Apple.
C’est donc « normal » que ce qui était devenu gratuit reste gratuit même si toute une profession est mise au tapis. « Il ne manquerait plus que ça que maintenant on paye les photos ».
C’est vrai qu’une telle décision renforce le camp (le mien) de ceux qui pensent que tout travail mérite salaire.
C’est vrai que le camp des défenseurs de la photographie (pas de l’image) est content que la justice ait confié à François LOCHON le soin de poursuivre cette mission capitale de préserver et faire vivre ce qui reste de la photographie pour que Paris en redevienne la capitale.
Les juges ont été à la hauteur de la situation. Ils ont fait le bon choix. Ils peuvent se regarder dans une glace. Les photographes ne les oublieront pas.
Il faut dire que Xavier ZIMBARDO (UPP) avec Michel PUECH (et certainement d’autres que je ne connais pas) ont apporté un soutien idéologique précieux.
Le Ministre de la Culture, ce cher Frédéric, a exprimé son contentement et a indiqué qu’il allait voir ce qui pourrait être fait afin que l’Agence Photographique de la
Réunion des Musées Nationaux prenne à son compte une partie de la charge de cette nouvelle Agence gamma-rapho en construisant un partenariat.
Voir ici le communiqué de
Frédéric Mitterand
Oui, mais !
Tout cela est bel et bien, mais il ne faut pas oublier les recettes. Les salaires annuels (avec les charges) des 22 salariés frisent déjà le million d’Euros. A cela s’ajoutent les frais généraux.
Il va falloir en vendre des photos et le problème de fond est toujours là, à savoir le
niveau dérisoire des droits d’auteurs et la concurrence déloyale de Getty, Corbis et autres microstocks.
Les photographes qui ont alimenté les différentes agences ces vingt dernières années s’en sont peu à peu détachés. Vont-ils reprendre le collier ?
Il ne faudrait pas que cette nouvelle agence se borne à commercialiser au petit bonheur les photos du fonds sans en produire de nouvelles. Si tel était le cas, les carottes seraient vite cuites.
Cette reprise par François LOCHON est une bouffée d’oxygène qui peut permettre le redémarrage à condition que Frédéric reprenne à son compte la proposition de l’UPP et de la SAIF pour promulguer une nouvelle loi avec application immédiate interdisant les photos gratuites en obligeant les diffuseurs à payer les vrais et faux DR. Proposition à laquelle j’adhère à 100%, et pour cause.
Alors Frédéric, tu veux ou tu veux pas ?
C’est avec cette décision que tu rentreras dans l’histoire.
Si cette décision n’est pas prise immédiatemment, François LOCHON déposera le bilan dans 1 à 2 ans.
Et là , les charognards que les juges ont chassés le 6 Avril dernier, seront de retour pour récupérer les restes (30 millions de photos).
Vite, Frédéric, vite.